Axe 2 : Travail et création (écriture, formes, concepts)

Ce second axe s’intitulait « création » dans le précédent contrat. Nous avons modifié l’intitulé en y intégrant plus explicitement la notion de travail (poétique) qui apparaissait jusque là dans les « sous-axes ». Cet intitulé renvoie également à un axe MESHS. Plusieurs directions de recherche se sont développées au cours du contrat précédent et constituent les pistes de prometteuses de développement de ce deuxième axe. D’autre par, certaines des questions qui apparaissaient précédemment dans l’axe 3 (textes et contextes) ont été intégrées à cet axe, en particulier tout ce qui touche à la question de l’auteur (dans une perspective anthropologique et dans son rapport aux nouveaux modes de production).

II. 1. Lexique et création

Outre les éditions évoquées plus haut, le projet IUF « La qualification du monde : approches qualificatives du monde et de l’homme à la Renaissance » (A.-P. Pouey-Mounou) s’interroge sur les relations entre le développement des dictionnaires d’épithètes en Europe au XVIe siècle et l’émergence de poétiques nouvelles en langues latine et vernaculaire, accordant une place essentielle à la qualification, et sur les fondements épistémologiques du phénomène.

L’étude des conditions concrètes de la création est ainsi au cœur de ce projet IUF qui fédère plusieurs membres de la partie « Ancien Régime » d’ALITHILA (B. Andersson, S. Hache, Ch.-O. Stiker-Métral), de l’Université Lille 3 (R. Béhar, études hispaniques, N. Gasiglia, STL, Sciences du Langage), ainsi que de Paris IV (Atelier XVIe siècle, M. Huchon), de l’IRHT, enfin des chercheurs étrangers (Cambridge, Leyde, Western Ontario). Ce projet a en grande partie déterminé la constitution dans ACT d’un groupe distinct « Ancien Régime ».

Cependant, la réflexion sur la poésie se poursuit également dans d’autres composantes du laboratoire, ainsi dans la partie « XIXe siècle » d’ACT et dans Roman 20-50 : un numéro de la Revue des Sciences humaines consacré à Rimbaud est prévu pour 2014 (2014-3), ainsi qu’un autre numéro plus transséculaire sur la question de la forme poétique et en particulier de sa musicalité : « Résonance : l’accord du poème » (2014-4).

II. 2 Esthétique et éthique

1. La réflexion sur les liens entre imagination et fiction, autour des théories de l’utilitarisme et du libéralisme (XVIIIe et XIXe siècles), est portée par les comparatistes (F. McIntosh-Varjabédian qui travaille, entre autres, sur les textes de John Stuart Mill) et par des membres d’ACT (ancien régime et XIXe siècle). D’autre part, les travaux de C. Jacot-Grapa et d’A. Richardot prolongent pour l’Ancien Régime le volet épistémologique et anthropologique du projet IUF « La qualification du monde » présenté supra : mise en place d’une collaboration transséculaire et pluridisciplinaire sur les relations entre littérature et conceptions anthropologiques, naturalistes et médicales à l’âge des taxinomies.

2. Rattaché au questionnement précédent, unprogramme de collaboration scientifique avec le laboratoire de linguistique Lidilem (EA609, Université Grenoble 3) s’est mis en place autour de la question de « l’auteur scientifique » (Mirna Canivez-Velcic, ALITHILA, et Fanny Rinck, Lidilem).

Le thème de l’auteur scientifique semble intéressant à observer à l’heure du numérique et des évolutions du monde de la recherche. La réflexion se situera à la croisée d’un questionnement sur les publications scientifiques (révision entre pairs, nouvelles formes éditoriales, diffusion du savoir scientifique) et sur l’auteur (signature, propriété intellectuelle, notoriété). Des textes à leurs enjeux, pourront être abordées les notions de plagiat et d’excellence, de marché éditorial et de marché des idées, d’éthique et d’épistémique. Au-delà de la dénonciation des leurres, des imposteurs ou même du système, il s’agit d’en comprendre les rouages et de mettre l’accent sur la réflexivité des chercheurs dans leur manière d’interroger et de (ré-)inventer leur activité. Cf. notamment Francis Grossmann [Lidilem] (éd.), L’Auteur scientifique. Des rhétoriques aux épistémologies, Revue d’anthropologie des connaissances, 2010, vol. 4, n° 3.

La présence des autres disciplines concernées : sciences du langage, philosophie (philosophie des sciences, épistémologie sociale), sociologie des sciences, histoire (cf. Gabriel Galvez-Behar [IRHIS, UMR 8529, U. Lille 3)], « Aux origines de la propriété scientifique : auctorialité scientifique et propriété intellectuelle au XIXe siècle » (2010), http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00628341), sciences de l’information et de la communication (évaluation, bibliométrie, diffusion du savoir) permet un projet pleinement transdisciplinaire.

Se rattache aussi à ce projet : Yves Baudelle et Mirna Canivez-Velcic (éd.), Le Nom de l’auteur dans son texte, Etudes littéraires (Université Laval, Québec), 2015.

3. L’étude des relations entre la littérature et les arts (peinture et musique) ainsi qu’entre textes et images sera poursuivie, de même que celle des liens entre esthétique et sublime (en prolongement de réflexions déjà engagées au cours du précédent contrat, particulièrement par S. Hache). La composante RECIFE se propose également de mettre en valeur les projets de créations artistiques (artistes français et francophones) en relation avec la littérature. On verra aussi infra comment cette question s’intègre aux recherches sur l’ultra contemporain (travaux de J.-M. Colard) ainsi qu’aux visual studies (proposition de J. Hennebert d’une réflexion transséculaire sur le fond d’image).

II. 3. Création romanesque d’expression française

Ce point constitue un axe fort de nos recherches et a donné lieu à la constitution de réseaux (avec le Canada, l’Italie, la Belgique, en particulier), qui existent et ont vocation à être poursuivis. Outre la forte implication dans des réseaux de recherche concernant la littérature contemporaine d’expression française (littérature française et littérature francophone), le domaine de compétence s’élargit vers les siècles classiques, en particulier la question de la transposition générique source de création. Se rattachent à cet axe les projets concernant :

1. Les romanciers du XXe siècle (membres de la composante Roman 20-50).

1.1. Poursuite de la rubrique la rubrique « revie » littéraire de la revue Roman 20-50.

Dans la perspective de la francophonie et dans un souci de transversalité, seront revisités des romanciers coloniaux de « l’algérianisme », qui ont publié dans l’entre-deux-guerres, sont tombés dans l’oubli, puis ont été réédités dans les années soixante-dix pour en perpétuer la mémoire, notamment auprès des Européens d’Algérie en France ; il s’agit particulièrement de Louis Bertrand, l’initiateur, qui fut élu à l’Académie française en novembre 1925 en succédant à Maurice Barrès, dont le fauteuil demeurait vacant depuis trois ans, de Robert Randau, le père de l’« algérianisme », courant littéraire algérien très important qui dès les années 1920 avait sa revue, ses anthologies, son prix annuel etc. et enfin, bien sûr d’Albert Camus, qui a bien connu ce mouvement littéraire et en gardé, dans son œuvre, des influences certaines.

Les livraisons suivantes son prévues pour Roman 20-50 dans cette perspective de la « revie » littéraire : n° 58, décembre 2014 : Antoine Blondin ; n° 64, décembre 2017 : Henry Poulaille ; n° 66, décembre 2018 : Marcel Aymé. La parution du colloque consacré à cette question est prévue aux PU de Besançon pour 2014 : Relire les romanciers méconnus du XXe siècle, Bruno Curatolo, François Ouellet et Paul Renard (éds), Besançon, Presses de l’Université de Franche-Comté, 2014. Les numéros 60 (déc. 2015) et 62 (décembre 2016 seront respectivement consacrés à Samuel Beckett et Jean Cocteau.

1. 2. Il était prévu que le laboratoire ALITHILA soit partie prenante dans le cadre projet ANR « DidfePo (Différences de Potentiel) », consacré à l’Oulipo, dont Christelle Reggiani dirige l’axe « Recherche, théorie » ; la coordination générale est assurée par Alain Schaffner (Paris 3), le projet associant trois partenaires. Dans ce cadre, étaient prévues plusieurs manifestations organisées par Christelle Reggiani autour de Perec et de l’OuLiPo : poursuite de l’organisation des journées d’études « Perec » (a priori destinée aux doctorants) ; à Cerisy colloque intitulé « Formes : Supports/Espaces », programmé du 26 juillet au 2 août 2014 (en collaboration avec Christophe Reig [université de Perpignan] et Hermes Salceda [université de Vigo, Espagne]) ; organisation à Cerisy d’un colloque « Georges Perec : Nouvelles approches », programmé du 13 au 20 juillet 2015, en collaboration avec Dominique Moncond’huy (Poitiers) et Alain Schaffner (Paris 3). L’élection de Christelle Reggiani à Paris IV va sans doute nécessiter une réorientation de ces projets. Cependant, il est tout à fait possible que C. Reggiani continue à être « correspondante » de Roman 30-50, revue qui comprend non seulement des enseignants-chercheurs de Lille 3 mais une collaboration avec d’autres universités.

2. Le contemporain, la création d’expression française, dans le domaine de la littérature française et francophone (membres des composantes Roman 20-50 et RECIFE)

2.1. Du côté de RECIFE, ont prévus (dès 2014) un ouvrage d’Ahmed Lanasri sur la trilogie du malentendu de Yasmina Khadra [Les Hirondelles de Kaboul (2002), L’Attentat (2005), Les Sirènes de Bagdad (2006)] ; la publication chez Peter Lang du livre de J.-Ch. Delmeule : Les mots sans sépulture. L’écriture de Raharimanana ; l’édition des dossiers et le développement des rubriques « Création » et « Entretiens » de la Tortue Verte consacrées aux auteurs contemporains sur le site www.latortueverte.com : la Revue en ligne des littératures francophones ; enfin l’Initiation d’un Cycle de journées d’étude sur les littératures francophones.

2.2. Larevue Roman 20-50 poursuivra son travail d’étude des romanciers contemporains, auxquels elle consacre au minimum une livraison sur deux, soit un numéro par an. Sont ainsi programmés : N° 57, juin 2014 : Emmanuel Carrère ; N° 59, juin 2015 : Michel Chaillou ; N° 61, juin 2016 : Hervé Guibert. Ce numéro sera couplé à une JE organisée conjointement avec l’EA 4400 « Écritures de la modernité, littérature et sciences humaines » de l’Université Paris 3 pour les 25 ans de la mort d’Hervé Guibert ; N° 63, juin 2017 : Henry Bauchau ; N° 65, juin 2018 : Michel Houellebecq. Enfin, la Revue des Sciences humaines publiera un n° « Boltanski » (resp. Dominique Viart) en 2014.

2.3. Laurent DéomRoman 20-50) poursuit son exploration de la littérature de jeunesse par la tenue annuelle d’une JE sur ce sujet (ouverte en particulier aux étudiants du master « spécialité Littérature de jeunesse ») et prévoit l’organisation d’un colloque consacré au roman scout.

3. Création contemporaine

Ce champ de recherche est au croisement de l’ultra-contemporain et de la question des rapports entre littérature et arts. Il comporte deux déclinaisons qui montrent l’implication d’ALITHILA, essentiellement par l’intermédiaire de Jean-Max Colard (Roman 20-50) dans la création d’aujourd’hui.

3.1.Le tableau vivant : J-M. Colard a prononcé sur ce sujet une conférence au centre Pompidou en 2012. Dans le prolongement des deux expos-événements intitulées « La Nuit des Tableaux vivants » dont il a été co-curateur (avec Christian Bernard, le directeur du Mamco de Genève), d’abord au Musée des Augustins de Toulouse (sept. 2009 à l’occasion du festival « le Printemps de Septembre »), puis lors de la dernière Biennale de Belleville (voir Bilan supra), Jean-Max Colard organisera à Genève, en partenariat avec le Mamco, une troisième « Nuit des Tableaux vivants » au printemps 2014.

3.2. Le fanzine. Jean-Max Colard est le concepteur et le directeur de publication d’un projet éditorial original, un multi-fanzine qui rassemble des productions éditoriales diverses (d’artistes, universitaires, architectes, chorégraphes etc.). Ce multi-fanzine, intitulé Cooop, est imprimé aux Presses universitaires de Lille.

Pourquoi le fanzine ? Parce que c’est un objet de savoir, certes amateur, autodidacte souvent, lié à la culture populaire, mais qui n’en demeure pas moins parfois le lieu d’une véritable érudition (par exemple le fanzine du club des fans de Stephen King, qui a existé à Lille pendant vingt ans et qui fait aujourd’hui référence). On assiste aujourd’hui à une mutation des fanzines vers le webzines.

Programmation du multi-fanzine Cooop : un numéro par an entre mai 2014 et mai 2018. Ces parutions seront accompagnées chaque année par une Fanzinothèque, projet annuel mené avec Action Culture sur le campus de Lille 3. Il s’agit donc d’un projet ouvert à la collaboration avec le monde culturel régional.