Romancières sous la Restauration et la Monarchie de Juillet

Colloque international organisé par les équipes « Patrimoine Littérature Histoire » (composante « Littérature et herméneutique ») de l’Université de Toulouse le Mirail et TELEM (composante « Modernités ») de l’Université Bordeaux 3, avec la collaboration du « Centre de Recherche sur la Littérature française du XIXe siècle » de l’Université de Paris 4-Sorbonne, et le patronage de l’Institut Universitaire de France

Toulouse, 25-27 mars 2009

Responsables scientifiques :
Andrea Del Lungo et Brigitte Louichon

Programme

Sous le Directoire et l’Empire, une première génération de romancières (au premier rang desquelles se trouve Germaine de Staël) investit le champ littéraire. Sous la Restauration et singulièrement la Monarchie de Juillet, la femme écrivain prend une place de plus en plus importante dans le monde littéraire. Mais la différence est majeure : puisque le genre romanesque cesse d’être l’apanage quasi-exclusif des femmes, celles-ci entrent en concurrence avec Walter Scott, Stendhal ou Balzac, de sorte que rapport femme/roman se modifie aux environs des années 1830.

À côté de la figure charismatique de George Sand, depuis longtemps intégrée à l’histoire littéraire, un grand nombre de femmes s’essaient à des formes d’écriture variées, parmi lesquelles le roman tient la première place. Ces romancières contribuent à la démocratisation et à l’essor définitif du genre romanesque, ainsi qu’à la création d’un nouveau public de lecteurs et de lectrices. L’usage de l’expression dépréciative bas-bleus qui se répand alors manifeste conjointement une présence importante des femmes auteurs, et une difficulté pour elles à exister dans un monde littéraire qui n’est plus aussi enclin que par le passé à les accepter.

Ce colloque se donne pour objet de décrire et d’analyser ce phénomène littéraire et socioculturel, au sein duquel se croisent production et réception, genre et gender, discours social et discours du roman. Plusieurs axes de recherche pourraient se dégager de l’analyse de ce moment capital dans l’histoire du genre romanesque :

  • une étude d’ordre poétique, afin d’observer les multiples formes et les différents genres que propose l’écriture féminine, et notamment l’obéissance à certains codes romanesques en vigueur à l’époque (roman historique, gothique, sentimental, etc.), la déréliction de certains modèles, la question de la stéréotypie, mais aussi le renouveau des formes : bref, l’apport du phénomène à l’histoire du genre.
  • une analyse sociologique, qui vise à étudier un aspect sans doute méconnu dans l’œuvre des « bas-bleus » : le rôle de cette forme romanesque, souvent encline au sentimentalisme, dans le déchiffrement d’une société en mouvement, dans l’observation et la connaissance d’une réalité historique, et dans la vision idéologique qu’en donne le roman. L’appréhension de la société par la vision des femmes fait sens par rapport à l’héritage révolutionnaire et à la constitution du mouvement ouvrier sous la Monarchie de Juillet.
  • une réflexion sur la réception de l’œuvre permettant d’analyser le phénomène, crucial à l’époque, de constitution d’un nouveau lectorat, ainsi que de poser la question du jugement de valeur et de s’interroger donc, dans une perspective de sociologie de la lecture, sur les raisons du succès, à l’époque, et de l’oubli successifs de l’œuvre de plusieurs romancières.
  • Un double bilan : bilan éditorial, lié à une réflexion sur la redécouverte récente de cette littérature, visant à la valorisation d’un patrimoine littéraire souvent inaccessible au public, et à la réédition critique de textes introuvables ; bilan critique, permettant la mise en relation des travaux récents sur les romancières de la première moitié du XIXème siècle. Un état des lieux de la recherche anglo-saxonne dans ce domaine s’impose.

Corpus d’auteures principales : Marie d’Agoult, Hortense Allart, Marceline Desbordes-Valmore, Claire de Duras, Sophie Gay, Stéphanie-Félicité de Genlis, Delphine de Girardin, Constance de Salm, Adelaïde de Souza, Flora Tristan. Il s’agit d’une liste non exhaustive, à laquelle il est envisageable d’ajouter des études axées sur la réception des romancières de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle (comme Sophie Cottin), dont l’œuvre connut une remarquable fortune dans la période qui nous intéresse.