Romancières en France de 1870 à 1914

Colloque international organisé par les équipes ALITHILA de l’Université Lille 3 et TELEM de l’Université Bordeaux 3, avec le patronage de l’Institut Universitaire de France.

Lille, 17-19 octobre 2013

Responsables scientifiques :
Andrea Del Lungo et Brigitte Louichon

Programme

Ce colloque vient compléter un vaste projet de recherche sur la littérature romanesque féminine au XIXe siècle, faisant suite aux deux précédents colloques sur « La littérature en bas-bleus », organisés à Toulouse (mars 2009, sur la période 1815-1848) et Bordeaux (mai 2011, sur la période 1848-1870)1. Notre travail collectif a permis d’analyser l’émergence de la figure nouvelle de la femme écrivain, ainsi que de réévaluer la foisonnante production des « bas-bleus », largement oubliée de nos jours, et déjà dépréciée à cette époque de consécration du genre romanesque.

Il s’agira, dans le cadre de ce troisième colloque, de poursuivre l’analyse d’un tel phénomène littéraire et socioculturel, et de contribuer ainsi à une histoire genrée du roman, se focalisant cette fois sur la période entre 1870 et 1914, moment d’essor du mouvement suffragiste et de création des premiers syndicats féminins, dont les revendications ne seront que très lentement reçues au sein de la société française (loi Ferry sur l’enseignement primaire, 1881, loi Naquet sur le divorce pour faute, 1884). Le champ littéraire témoigne également, en dépit de la démocratisation du genre romanesque, d’une tension visant à condamner le droit des femmes à l’écriture, voire à exorciser la figure de la femme auteur : le réquisitoire que publie Barbey d’Aurevilly contre les bas-bleus, en 1877, est le signe que ces questions restent d’actualité, et qu’elles parcourent la réflexion littéraire de la fin du siècle.

À l’époque du triomphe du naturalisme, mais aussi d’une « crise du roman » qui met précisément en question les modèles inspirés du réalisme, contribuant à la recherche de nouvelles formes (roman psychologique, roman décadent), qui sont les romancières ? Quel est leur apport à ces élaborations formelles ? Quels sont leur place et leur statut, par rapport notamment aux revendications des mouvements féministes ? Quels sont les publics visés ?

Dans la continuité des deux premiers colloques, il s’agit de poursuivre la mise au jour de ce pan oublié de l’histoire littéraire. Nombreuses sont en effet les romancières dont nous ignorons tout ou presque. Il est nécessaire de mener à bien ce travail afin de proposer une histoire de la littérature en phase avec la réalité des archives qui sont à notre disposition.

L’analyse des œuvres en lien avec celle des conditions de production de la littérature romanesque permettra de cartographier le champ littéraire romanesque en tenant compte du poids de la presse et de l’émergence de littératures dédiées à des publics spécifiques. On donnera ainsi toute sa place aux études des genres romanesques didactiques et plus particulièrement à la littérature de jeunesse. À la suite des travaux d’Ellen Constans, on s’intéressera aux « ouvrières des lettres ».

Les études d’ordre poétique pourront observer les multiples formes et les différents genres que propose l’écriture féminine, à une époque qui inaugure le clivage entre littérature de masse et littérature d’élite, où l’on assiste au succès du roman populaire, mais aussi à l’élaboration de formes avant-gardistes.

Les études d’ordre sociologique permettront d’observer comment le roman féminin participe du déchiffrement de la société et de la connaissance d’une réalité historique ; ou de quelles manières il donne une vision idéologique de celles-ci, qu’elle relève ou non d’un point de vue genré.

La réflexion sur la réception des œuvres permettra de poser la question des lectorats et du jugement de valeur et de s’interroger donc, dans une perspective de sociologie de la lecture, sur les raisons du succès, à l’époque, et de l’oubli successifs de l’œuvre de plusieurs romancières.